À l’occasion de son Assemblée générale organisée le 19 juin à Paris, la Fédération des Industriels du Béton (FIB) a dressé le bilan de la première année de présidence de Jacques Plattard. Développement de la préfabrication, décarbonation, sobriété hydrique, mixité des matériaux, crise du logement… Le président de la FIB défend une approche pragmatique et revendique un rôle croissant de la préfabrication béton dans la transition du secteur. Propos recueilli par Stéphane Miget

BatiJournal : La FIB est devenue la Fédération française des industriels de la préfabrication. Que traduit cette évolution ?

Jacques Plattard : Ce n’est effectivement pas une révolution, mais une évolution. Ce changement de nom traduit une continuité dans notre action, mais il met aussi en avant plusieurs messages forts.

D’abord, « Fédération », parce que notre rôle est de fédérer toute une profession. Nous devons accompagner les plus petites entreprises tout en nous appuyant sur le savoir-faire des plus grandes. C’est ce que nos équipes et nos élus font au quotidien.

Ensuite, « Française », car la souveraineté est redevenue un enjeu majeur. Nous travaillons avec des matières premières locales, des emplois non délocalisables et un ancrage territorial très fort. C’est une force qu’il faut davantage valoriser.

Vient ensuite « Industriels ». Notre profession dispose d’un maillage exceptionnel : il existe pratiquement toujours une usine de préfabrication ou une centrale à béton à moins d’une demi-heure d’un chantier. Cela limite les transports, réduit les émissions associées et garantit une grande qualité de service.

Enfin, « Préfabrication ». C’est véritablement le cœur de notre métier : fabriquer en usine avant de poser sur chantier. Aujourd’hui, la préfabrication ne représente encore que 15 % de la consommation de ciment en France, contre plus de 45 % dans certains pays européens. Cela montre tout le potentiel de développement dont dispose encore notre filière.

La préfabrication béton est donc appelée à jouer un rôle plus important dans les futurs modes constructifs ?

Oui, j’en suis convaincu. Nous allons construire davantage avec des systèmes poteaux-poutres préfabriqués, plus performants et utilisant moins de matière. La préfabrication permet de réduire les quantités de béton, d’utiliser des ciments à plus faible teneur en clinker et donc moins carbonés. Elle facilite également l’industrialisation des procédés et améliore les conditions de travail sur les chantiers.

Avec les épisodes de fortes chaleurs qui se multiplient, produire dans des usines couvertes et tempérées devient aussi un avantage important pour les compagnons. Demain, la production pourrait se concentrer davantage durant l’été, tandis que les opérations de pose seraient réalisées principalement en mi-saison et en hiver.

La décarbonation un enjeu majeur pour la filière ?

Il faut remettre certaines choses en perspective. Les émissions de CO₂ liées au ciment représentent environ 1,8 % des émissions françaises. Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire, bien au contraire, mais il faut raison garder.

Les cimentiers travaillent activement sur des solutions de captage du carbone et sur des ciments toujours moins carbonés. De notre côté, la préfabrication constitue déjà une partie de la réponse puisqu’elle permet d’utiliser moins de matière et de mieux optimiser les formulations.

Notre métier devra naturellement adapter ses procédés aux nouveaux ciments, dont les temps de prise évolueront, mais je suis persuadé que l’industrie saura relever ce défi.

Vous défendez également une approche fondée sur la mixité des matériaux.

Je suis profondément attaché à cette idée. Il n’existe pas de matériau idéal. Le bon matériau est celui qui travaille intelligemment avec les autres.

Le béton peut parfaitement s’associer au bois, à l’acier ou à d’autres matériaux. On développe aujourd’hui des solutions mixtes particulièrement intéressantes. Nous ne revendiquons aucune exclusivité. Nous demandons simplement que chaque matériau soit jugé objectivement sur ses performances et que les débats idéologiques cessent.

Nous ne voulons plus nous excuser d’être ce que nous sommes. Chaque matériau à sa place. La construction a besoin de toutes les compétences et de toutes les solutions.

L’Assemblée générale était largement consacrée à la sobriété hydrique. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Parce que l’eau sera probablement l’un des grands sujets des prochaines décennies.

La préfabrication béton dispose déjà de nombreuses réponses. Dans nos usines, nous fonctionnons en circuit fermé. Les eaux de process sont récupérées, décantées, filtrées puis réutilisées dans la production. Les prélèvements d’eau deviennent extrêmement faibles et les rejets quasiment inexistants.

Nous savons que cette ressource deviendra de plus en plus précieuse. Il est donc indispensable d’anticiper dès aujourd’hui.

La préfabrication peut-elle également contribuer à une meilleure gestion de l’eau dans les territoires ?

Bien sûr. Toute une partie de notre industrie produit déjà des solutions qui favorisent l’infiltration, le stockage ou la restitution des eaux pluviales : pavés drainants, dalles engazonnées, ouvrages de rétention…

Lors de notre Assemblée générale, l’hydrologue Emma Haziza a rappelé l’importance de restaurer le cycle naturel de l’eau. J’ai trouvé son intervention particulièrement éclairante car elle rejoint précisément les solutions que notre filière développe depuis plusieurs années.

Comment analysez-vous la conjoncture actuelle ?

Nous sommes très inquiets.

Le marché du logement reste extrêmement dégradé. Les ménages reportent leurs investissements, les taux d’épargne atteignent des niveaux records, les promoteurs ralentissent leurs opérations et les industriels voient leurs chiffres d’affaires diminuer.

Nous pensions assister à une légère reprise en 2026, mais les événements internationaux, les incertitudes économiques et la faiblesse persistante du marché rendent cette perspective beaucoup plus fragile.

Malgré ce contexte, restez-vous optimiste pour l’avenir ?

Oui, car je pense que nous avons atteint un point bas. Le besoin de logements reste immense et la préfabrication répond à de nombreuses attentes : décarbonation, industrialisation, maîtrise des coûts, qualité d’exécution et adaptation aux nouvelles contraintes climatiques.

L’enjeu d’ici 2030 sera double : relancer la construction et augmenter la part de la préfabrication dans les bâtiments. C’est une évolution logique, qui permettra à la filière de répondre plus efficacement aux défis économiques, environnementaux et sociaux.